PAELLA ? Du 6 mars au 28 avril 

« Opinions Tranchées à Vif » – Œuvres récentes.

Entamé en 2014, le travail de l’ensemble de ces œuvres se sera étalé sur presque quatre années avant d’aboutir.
Il y eut d’abord ce que Paella définit comme un « soclage », une première phase de peinture sur laquelle s’assiéra la composition envisagée. Sur chacune des toiles enchâssées, sur de grands rideaux ou des bâches, il a peint à l’huile de façon plutôt rudimentaire, vigoureuse à la manière d’une pochade, des « standards » de l’Histoire de l’Art. De « la Parabole des Aveugles » de Brueghel aux « Demoiselles d’Avignon » de Picasso en passant par le « Laocoon » du Greco, le Caravage, Goya, « la Liberté guidant le Peuple » ou le « Sardanapale » de Delacroix, dans l’exercice de la réinterprétation l’artiste s’est plu à retrouver chez ses aînés les décisions et les partis pris sur lesquels sont bâtis ces chefs-d’œuvre. Mais pour lui il ne s’agissait que d’une base forcément couverte ensuite même si traitée en pâte, et c’est pour cela qu’il était nécessaire de laisser à l’huile épaisse le temps requis pour son séchage.

La thématique était décidée : des scènes aux cadrages serrés décrivant une humanité contrainte où certains personnages arborent ces carcans généralement utilisés afin d’éviter aux chiens de se mordiller ou gratter une blessure. Différents événements empêchèrent l’artiste de poursuivre cette série l’année suivante et ainsi jusqu’en 2017.

Entre-temps il réalisa sur le même thème six plaques émaillées où la sobriété des lignes exalte les voluptueuses qualités plastiques de l’émail à l’ancienne.

Le temps du recouvrement reprit enfin et les figures prirent place. Un dessin très construit et affirmé structure l’image peinte en gras, plus fluide et transparente sur les rideaux que sur les toiles où la matière est coagulée et rugueuse, quand l’utilisation du décapant n’a pas enlevé une partie de cette croute picturale.

Le cerné contrarie et endigue les agglomérats de couleurs d’ombre et de lumière en une antinomie analogue à ces rapports autoritaires qui semblent peser sur l’existence des personnages.

Une intensité, une densité nourries par un processus plastique, une dérision lourde de sens qui, comme à l’habitude chez Paella, nous fait prendre conscience des mécanismes sociétaux sans qu’il n’ait à se départir de ses préoccupations artistiques essentielles.

E. H.