Sandrine ENJALBERT – Du 4 mai au 16 juin

«  Back in blue » – Œuvres récentes sur papier.

Bonnie au pays du papier glacé

Enjalbert s’affirme comme une plasticienne d’une extrême singularité ; désabusée par la dialectique conceptuelle elle occupe à nouveau le terrain pictural au moyen d’un langage exsangue de tout maniérisme formel. Sa peinture est faite à la fois de révolte et de résignation, elle va à l’essentiel et traduit le malaise ambiant d’une génération désengagée de la problématique sociale et politique ; Sandrine nous renvoie l’image d’une société désincarnée où évoluent tant bien que mal des individus oscillant entre un romantisme virtuel et une réalité désenchantée, zappant en permanence sur le point de rupture.

Les saynètes qu’elle nous propose tanguent entre naïveté sensuelle et proposition licencieuse ; ses héroïnes affichent vertement leur sexualité, leurs envies, leurs coups de gueules aussi ; fini les lolitas victimes, les gonzes d’Enjalbert s’émancipent, elles crânent, et nous toisent dans des gammes radicales, presque primitives.

Sandrine se plaît à détourner les icônes glacés de la presse people, qu’elle dissèque avec amour et attention, un peu comme une gamine qui découperait ses idoles avec des ciseaux à bout rond dans les magazines, si ce n’est que son pinceau est acerbe et qu’il campe avec force des instantanés hallucinants. Féminine et violente est sa peinture, cinglante, elle vous saute au visage comme une évidence.

Dans sa dernière série, ses bics au vitriol incisent le papier comme autant d’aqua fortis, vivifiantes et allumées.

Frédéric Roulette Paris, 2004/2018